21 avril 2008

"Spirales" de Tatiana de Rosnay

Hélène a cinquante ans. Elle est mère et grand-mère. Son fils l’a surnommée « Sainte Hélène ». Elle est très distinguée et ne fait pas son âge. Elle œuvre dans le bénévolat, s’occupe à l’occasion de la bibliothèque et a contribué à l’ouverture d’une garderie. Elle rend régulièrement visite à sa belle mère. Son mari, éditeur, peut compter sur elle lorsqu’il invite à dîner des écrivains. Toujours à l’écoute des autres, sa vie s’écoule tranquillement, sans problème jusqu’à ce jour…
Après avoir rendu visite à une amie malade, un inconnu au fort accent lui propose de le suivre chez lui. Apeurée, elle refuse. Pourtant, cette rencontre éveille sa curiosité. Quelques jours plus tard elle retourne vers le lieu de cette première rencontre. L’homme est là, il l’attend, la mène vers son appartement. Pour la première fois, Hélène trompe son mari avec un inconnu et dont elle ignore même le nom. Le cauchemar commence quand elle se rend compte que son amant d’un jour est mort, terrassé par une crise cardiaque à l’issue de leurs ébats. Prise de panique, elle s’enfuit, veillant à ne pas être vue, mais sur les lieux elle oublie son sac à main contenant ses papiers…Comment faire pour sauver ce qui peut encore l’être ?

« Spirales » est un excellent thriller psychologique à l’ambiance très Hitchcokienne, qui rappelle également « Les Diaboliques » le film de Clouzot d’après le roman de Boileau et Narcejac (le film est d’ailleurs évoqué dans le livre, sans qu’il ne soit cité explicitement).
Tatiana de Rosnay, nous propose à nouveau un thriller particulier dans la mesure où, comme dans « La Mémoire des Murs », il n’y a pas d’enquête, pas de traque d’un tueur, pas de suspects multiples. Les faits sont connus et tout le suspense repose sur l’étude psychologique de l’héroïne.
Le livre est court, les chapitres n’excèdent que rarement les trois pages. Ainsi, le rythme est soutenu, haletant, et nous sommes embarqués avec Hélène dans cette spirale infernale que rien ne semble devoir arrêter. Le tourbillon des évènements est inexorable, implacable.
La tension repose sur la rupture brutale du quotidien de l’héroïne à laquelle on s’attache vraiment. Cette mécanique tellement bien huilée est soudainement grippée par un grain de sable. La rencontre avec cet inconnu réveille une partie d’elle qu’elle croyait ne pas ou ne plus exister. Hélène s’est totalement effacée au bénéfice des autres en pardonnant même à son mari quelques errances et c’est pour épargner ce dernier qu’elle s’est enfuie sans appeler les secours.
Entraînée dans un engrenage infernal, elle découvre également que, bien que dévouée depuis des années à tout son entourage, elle n’a personne à qui se confier. Personne ne remarque le trouble et l’angoisse qui l’habitent.

En très peu de pages, Tatiana de Rosnay prouve de nouveau qu’il est possible de décrire une héroïne très attachante, car véritablement ancrée dans un quotidien que l’on comprend, et de proposer une histoire simple mais très prenante au suspense intense. Difficile de ne pas être touché par cette femme qui lutte seule comme un capitaine perdu au cœur d’une tempête à bord d’un frêle esquif, alors que son équipage est lui bien au chaud dans un port tout proche de là…


Ed. Pocket - 2004

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